Autrice : Maryline Dobrzynski, publié le 11 octobre 2025 sur le site invisu.photo

Dans la région, les murs des usines sont nécessairement de briques. Emprunté à l’architecture industrielle anglaise, ce matériau a donné sa couleur à la première vague d’industrialisation jusqu’à en devenir le symbole substantiel. A Auchy comme ailleurs, le capitalisme a changé la tonalité des lieux. Quand on s’engage dans l’enceinte de l’usine, on est accueillis par des ateliers en brique et notre regard se remplit de rouge. Cà et là sur le domaine, il subsiste pourtant quelques touches de blanc, rappelant qu’auparavant l’abbaye était faite de craie : un vieil atelier, un pigeonnier ... Mais il reste qu’à l’entrée de l’usine, le rouge brique domine. Tout est abrupt, on emprunte le chemin des ouvriers et des ouvrières et on ressent que l’espace est entièrement dévoué au travail.

Au XIXème siècle, qui dit usine dit forcément cheminée. Corollaire de la machine à vapeur, la cheminée est présente dans toute industrie qui se respecte et qui intensifie sa production. Son rôle ne s’arrête pas à sa fonction technique, elle matérialise aussi la puissance économique de l’entreprise. On la veut haute et imposante. Sans atteindre la taille des mastodontes de Lille, Roubaix, Tourcoing, celle d’Auchy est suffisamment grande pour que du sol il soit difficile d’en photographier le sommet. Pour l’atteindre, il faudra que l’on monte sur un toit plateforme. Mais que vient faire la cheminée en compagnie d’une tour féodale qui semble l’observer et une église complètement dépassée par sa hauteur ?

On doit au style néo-gothique l’arrivée à Auchy en 1881 de quatre tours féodales avec la construction d’un imposant atelier. Il n’en reste plus qu’une, toute crénelée. Normalement, comme toute tour qui se respecte, elle devait monter la garde en surveillant de sa hauteur les environs. Ce qui est impossible puisque ses fenêtres étaient opacifiées, à l’image d’ailleurs de celles des ateliers de production. A quoi servait alors cette tour vaniteuse ? A rien ? Ne devait-elle sa présence qu’à un effet d’imitation, montrer qu’on était à la mode en s’inspirant du modèle du château de l’industrie, bien implanté dans la région? Est-ce que, comme on peut parfois le lire avec stupeur, c’était pour émanciper la classe ouvrière qu’on lui donnait accès à ce que l’on pensait être beau? Ou bien, les nouveaux maîtres des lieux jouaient-ils au Roi et à la Reine, ravis de pouvoir s’approprier ce symbole anachronique de l’ancien régime ?